La générosité à l'assaut de la détresse

« Et vous m’avez donné à manger » : la communauté de Denver Metro (États-Unis) a mis en place sa propre banque alimentaire. Deux membres actifs nous relatent toute l’histoire depuis son commencement.

Parlez-nous un peu de vous : où avez-vous grandi ? Quel est votre métier ? Avez-vous de la famille ? Qu’aimez-vous faire pendant votre temps libre ? 


Gertrude Dathe : J’ai grandi au sein d’une famille néo-apostolique dans les villes canadiennes de Winnipeg et Hamilton. Lors d’un voyage à Denver, j’ai fait la connaissance de mon mari Kurt. Après notre mariage, j’ai déménagé à Denver, après avoir obtenu une autorisation d’immigration. Je travaillais en tant qu’assistante de programmation dans le domaine du téléenseignement et des cours par correspondance. Avec mon époux, nous avons élevé trois fils, qui sont aujourd’hui mariés. Nous sommes très proches de nos fils et de leurs familles et nous avons la joie d’avoir huit petits-enfants.

Sharon Wilson : Je suis également néo-apostolique depuis mon enfance. J’ai grandi à Buffalo (État fédéral de New York) aux côtés de trois frères et sœurs. Je travaille en tant que psychothérapeute. Mon activité professionnelle m’a déjà conduite dans les États du Texas, de Pennsylvanie, du Vermont, de Tennessee et du Wyoming. Lorsque j’ai épousé mon mari Jim, j’ai déménagé à Syracuse (État fédéral de New York). Après trois années passées à Syracuse, le travail de Jim nous a conduits dans le Colorado, où nous vivons et travaillons depuis maintenant presque 20 ans. Nous avons deux fils, qui font actuellement tous deux des études.

Comment votre communauté a-t-elle eu l’idée de créer une banque alimentaire ? 


Gertrude Dathe : Inspiré par l’initiative de notre apôtre de district « Stepping Forward », née en 2009, notre ancien conducteur de communauté nous a encouragés à développer des idées pour nous impliquer dans la vie de société en tant que communauté. L’idée d’une banque alimentaire a été mise en avant. Aidés par une autre communauté de la région de Denver, nous avons collecté des denrées alimentaires. Nous avons dû ensuite trouver une institution à laquelle remettre les denrées collectées. Nous avons trouvé une petite banque alimentaire à proximité de notre église à Denver.

Quelques années plus tard, lorsque les trois communautés ont été fusionnées à Denver, l’idée est née de créer notre propre banque alimentaire. Nous avons fait quelques recherches, visité d’autres points de collecte ainsi que quelques églises, et nous avons finalement ouvert un site de collecte pour notre communauté à titre expérimental pour une durée de neuf mois. Il y a trois ans, nous avons déménagé vers le site actuel, où nous disposons d’un espace de stockage suffisant pour y entreposer les denrées alimentaires, et nous avons inauguré la banque alimentaire. Rien qu’au cours de l’année dernière, nous avons servi 2700 invités et distribué environ 7000 livres de denrées alimentaires. Nous sommes situés au milieu du quartier occupé par les sans-abris dans notre ville.

Sharon Wilson : Depuis début 2000, nos communautés faisaient déjà régulièrement des dons aux banques alimentaires locales existantes. Depuis de nombreuses années, lors de la fête d’actions de grâces, nous préparons la décoration de l’autel en utilisant des denrées alimentaires moins vite périssables, de façon à pouvoir en faire des dons ultérieurement.

Quelles sont les tâches particulières qui vous sont attribuées dans le cadre de la banque alimentaire ? 


Gertrude Dathe : Je fais partie des bénévoles et je suis en charge d’établir le plan d’action pour les bénévoles.

Sharon Wilson : Gertrude a largement participé à la création de la banque alimentaire et a fait fonction de coordinatrice durant les deux premières années. Je l’ai soutenue dans les tâches administratives, notamment les commandes et la collecte des denrées alimentaires ou les opérations bancaires. Depuis janvier 2018, c’est moi qui coordonne la banque alimentaire. En outre, je suis en service pendant les heures d’ouverture en tant que bénévole.

Qu’est-ce qui vous plaît dans votre activité bénévole ? 


Gertrude Dathe : Le fait que nous aidions à améliorer la vie de ceux qui sont plus défavorisés que nous.

Sharon Wilson : Faire la connaissance de nouvelles personnes, partager du temps avec elles, écouter leurs histoires, apaiser leur détresse. Nous avons construit un réseau et nous pouvons ainsi orienter les personnes nécessiteuses qui recherchent de l’aide de façon appropriée. Nous essayons d’organiser la banque alimentaire selon le concept « Helping Without Hurting » (« Aider sans nuire »), ce qui signifie que nous ne nous tournons pas uniquement vers les nécessiteux au moyen d’aides provisoires, mais nous les aidons de façon durable à mener leur vie de façon autonome avec des moyens modestes. J’aime également passer du temps avec les bénévoles de notre banque alimentaire.

Comment arrivez-vous à concilier votre travail et votre engagement en tant que bénévole ? 


Gertrude Dathe : La retraite est ici un avantage certain.

Sharon Wilson : Actuellement, je travaille à temps partiel, c’est pourquoi je suis relativement flexible quant à l’organisation de mon temps. Le bénévolat est mon « autre » travail à temps partiel.

Vos expériences professionnelles vous sont-elles utiles dans votre activité en tant que bénévole à la banque alimentaire ?

Gertrude Dathe : Oui. Le travail dans le domaine de l’éducation, où la seule constante était le changement, m’a beaucoup aidée. À l’époque de mon enfance et de ma jeunesse, nous n’étions pas encore encouragés à participer à des activités externes à l’Église. Plus tard, cela est devenu une nouvelle expérience pour moi.

Sharon Wilson : À travers mon métier en tant que physiothérapeute, je travaillais avec ceux qui avaient un peu moins de chance dans la vie. La compassion et les aptitudes humaines qui se sont développées au fil de mon activité professionnelle m’aident dans ce travail auprès des plus nécessiteux.

Vous entretenez la collaboration entre la communauté, la banque alimentaire et la société. À quel point cela a-t-il une importance pour venir en aide aux plus nécessiteux ?

Gertrude Dathe : Nous travaillons en collaboration avec trois autres sites de collecte de denrées alimentaires. Cela nous a aidé à participer à un programme de produits frais, dans lequel la quantité minimale de légumes que nous devons prendre est de 2000 livres (environ 907 kilogrammes). Seuls, nous n’aurions pas assez de place pour stocker une telle quantité, mais, en partageant avec d’autres, nous en profitons tous. En outre, nous sommes membres du réseau fédéral des banques alimentaires et d’autres associations régionales, ce qui nous permet d’acquérir des denrées alimentaires à un prix réduit.

Sharon Wilson : Notre communauté soutient très activement le travail de la banque alimentaire. Elle a également fait don de la majeure partie des denrées alimentaires que nous avons distribués au cours des premiers mois, avant de nous relier avec notre site de collecte régional. Les frères et sœurs continuent de faire des dons de produits alimentaires et soutiennent aussi financièrement le travail de la banque alimentaire. La plupart des bénévoles de la banque alimentaire sont des membres de la communauté. Nous disposons d’un noyau de huit bénévoles, qui sont soutenus par dix autres frères et sœurs qui interviennent occasionnellement. Comme l’a évoqué Gertrude, nous avons établi des contacts vers d’autres sites de collecte de denrées alimentaires dans notre région, nous apprenons les uns des autres et nous nous soutenons mutuellement. Ces relations nous aident à promouvoir notre travail, à trouver des denrées alimentaires, à élargir les connaissances dans le domaine des denrées alimentaires et à apprendre à aider encore davantage nos invités de la banque alimentaire.

Qu’avez-vous appris au cours de votre activité au sein de la banque alimentaire ?

Sharon Wilson : Autour de nous, il y a de la détresse et de la générosité. Toutes deux peuvent être trouvées en des lieux inattendus.

Gertrude Dathe : Que nous sommes réellement bénis au sein de nos familles et dans notre foi. Nous ne sommes jamais seuls !

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Victoria Argraves, Dinara Ganzer
24.08.2019