Les sacrements 27 : Pain dur ou moelleux, une question épineuse

Sérieusement, Léonard ? Des petits pains ? Ce que le célèbre tableau de Léonard de Vinci nous sert lors de la dernière cène avec Jésus n’est pas tout à fait conforme au cadre historique. Pourtant, l’histoire du pain de la communion est déjà assez complexe – voici un petit tour d’horizon.

Une chose est sûre : dans l’Antiquité, les chrétiens servaient le pain de tous les jours à la table du maître – sous forme d’une couronne ou d’une tresse, mais généralement sous la forme d’un pain rond avec des entailles en forme de croix. Ce pain était appelé « panis quadratus », à cause des quatre incisions sur le dessus.

Le changement s’est fait lentement sous forme de pains durs et plats : d’abord au sein de l’Église syrienne, puis de l’Église arménienne et finalement de l’Église latine – respectivement au cinquième, au sixième et au neuvième siècles. C’est l’archevêque Hrabanus Maurus qui a suscité la percée en 819 dans le futur Occident catholique romain.

À la tête de la Renaissance carolingienne, le savant universel prêtait une attention particulière à la Bible. Il y a trouvé sa recette parfaite du pain de communion. Cependant, la future Église orthodoxe orientale a gardé les pains moelleux éprouvés – tout en se référant également aux Saintes Écritures. Comment est-ce possible ?

Une question de chronologie

Tout dépend du jour où l’on date la dernière sainte sainte cène de Jésus. Les évangiles selon Marc, Matthieu et Luc citent la veille au soir de la fête de la Pâque juive. Lors du repas de la Pâque, il aurait été servi dans tous les cas un pain sans levain, par conséquent un pain dur et plat. Cela devait rappeler la sortie d’Égypte du peuple d’Israël. Car l’exode avait été si précipité qu’il ne restait plus assez de temps pour préparer le levain.

L’évangile selon Jean, en revanche, fixe la Cène au moins un jour plus tôt. C’est le pain fermenté plus moelleux qui aurait alors été servi. On trouve aussi les arguments complémentaires dans le Nouveau Testament. Parfois, le texte grec de base parle de manière générale de pain (artos), puis à nouveau de manière explicite de la fête des pains sans levain (azymon). Parfois, Jésus compare le levain à quelque chose de bon (le royaume des cieux), et parfois à quelque chose de mauvais (la fausse doctrine).

Pendant un certain temps, les Azymites et les Prozymites se sont bien entendus. Or, plus les Églises orientale et occidentale se disputaient la suprématie, plus ils s’envoyaient leurs quignons de pain à la figure. À la fin, les porte-parole des deux parties se sont mutuellement mis à la porte de l’Église. C’est ainsi que s’est développé, au XIe siècle, le « grand schisme », la scission entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe.

Une question de manipulation

À l’Ouest, quelque chose de nouveau apparaît bientôt : la galette de pain cède la place à une préparation encore plus plate, l’hostie (en latin, oblata = offert) – une simple pâte à pain à base d’eau et de farine, cuite comme une gaufre, mais en tout cas sans levure, c’est-à-dire sans levain. Le grand avantage était que cette préparation ne s’émiette pas facilement, rendant ainsi la digne manipulation du corps de Christ plus facile.

Le résultat porte encore le nom d’hostie jusqu’à aujourd’hui. Le mot latin hostia désignait à l’origine l’animal sacrificiel destiné à l’abattage et a tout d’abord été appliqué à Jésus-Christ lui-même. Pour les pères de l’Église, c’était le terme général désignant les deux éléments de la sainte cène, le pain et le vin. Ce n’est que depuis le neuvième siècle qu’il désigne uniquement le pain de communion.

Ainsi, une grande diversité de pains s’est développée jusqu’à aujourd’hui, parfois même au sein d’une même confession : les protestants réformés et uniates utilisent plutôt du pain blanc à base de pâte à pain contenant des agents levants. Les protestants luthériens, en revanche, utilisent des pains sans levain, de même que l’Église anglicane et l’Église néo-apostolique.

Le pain ne constitue que la moitié de la sainte cène. Et qu’en est-il de l’autre moitié ? Le prochain article de cette série traitera de ce sujet sans fard.

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Andreas Rother
9.02.2021
sacrements, sainte cène