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La sainte cène : un repas entre la croix et le royaume 

mars 18, 2026

Auteur: Oliver Rütten

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La nuit précédant sa mort, Jésus institue un repas que les chrétiens célèbrent jusqu’à aujourd’hui ; un repas privé qui réunit le passé, le présent et l’avenir dans le royaume de Dieu. 

La nuit où tout a commencé 

C’est le soir à Jérusalem. Jésus est assis à table avec ses disciples. L’ambiance est tendue. Jésus sait ce que les autres ne saisissent pas encore : son arrestation est imminente. La trahison plane dans l’air. Le chemin vers la croix est désormais inéluctable. Au milieu de cette situation, quelque chose d’étonnant se produit. Jésus prend le pain, rend grâce, le rompt et le donne à ses disciples. « Prenez, mangez, ceci est mon corps. » (Matthieu 26 : 26b). Il prend ensuite le calice et dit : « Ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui est répandu pour beaucoup, pour le pardon des péchés. » (Matthieu 26 : 28). 

C’est ainsi que Jésus institue la sainte cène la veille de ses souffrances. L’apôtre Paul rapporte cette institution, qui deviendra plus tard une tradition bien établie de l’Église primitive : « C’est que le Seigneur Jésus, dans la nuit où il fut livré, prit du pain… » (I Corinthiens 11 : 23b). À ce moment-là, les disciples ne saisissent sans doute que très peu la profondeur de ces paroles. Mais l’Église les a préservées et les a transmises jusqu’à aujourd’hui. Car, à travers ce repas, Jésus relie le passé, le présent et l’avenir : le sacrifice sur la croix, la communion des croyants aujourd’hui et l’espérance en le royaume de Dieu à venir. 

Du repas de la Pâque à la Nouvelle Alliance 

Le repas que Jésus célèbre avec ses disciples n’est pas un repas ordinaire. C’est la Pâque, la grande fête commémorative d’Israël. Cette fête commémore la libération de l’esclavage en Égypte, lorsque Dieu a sauvé son peuple grâce au sang de l’agneau pascal (Exode 12 : 1-14). Lorsque les familles juives célèbrent ce repas, elles racontent sans cesse l’histoire de ce sauvetage (Exode 12 : 26-27). 

Dans ce contexte, les paroles de Jésus prennent une signification particulière. En faisant référence à lui-même à travers le pain et le vin, il montre que l’action salvatrice de Dieu prend désormais une nouvelle dimension. La libération d’Égypte devient le symbole d’une libération encore plus grande : la rédemption du péché et de la mort. C’est pourquoi le Nouveau Testament décrit Jésus comme le véritable agneau pascal. « Christ, notre Pâque, a été immolé » (I Corinthiens 5 : 7b). Jean-Baptiste avait déjà annoncé sa venue : « Voici l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. » (Jean 1 : 29). Ainsi, la sainte cène s’inscrit dans la longue histoire du salut de Dieu avec les hommes. Ce qui a commencé avec la Pâque dans l’Ancienne Alliance trouve son accomplissement en Christ. Le pain et le vin deviennent les signes de la Nouvelle Alliance que Dieu conclut avec les hommes. En même temps, Christ lui-même vient à la rencontre des croyants lors de la sainte cène (CÉNA 8.2.2 ; 8.2.4). 

L’institution à l’ombre de la croix 

Alors que le repas de la Pâque rappelle le salut que Dieu a apporté dans le passé, le repas de Jésus devient en même temps le signe de ce qui va s’accomplir par sa souffrance et sa mort. L’institution de la sainte cène n’a pas lieu dans un cadre calme et solennel, mais dans l’ombre de la souffrance imminente. Alors que Jésus est à table avec ses disciples, il annonce déjà la trahison : « L’un de vous me trahira » (Matthieu 26,21b). La peur et l’incertitude règnent au-dessus de la communion. C’est précisément dans cette situation que Jésus offre à ses disciples quelque chose qui restera : il leur donne un repas qu’ils doivent célébrer sans cesse (Luc 22 : 19). 

Ce repas devient l’héritage durable de Jésus à son Église. À cette occasion, l’Église ne se contente pas de commémorer les événements de la Passion. Elle reconnaît en même temps que la mort de Jésus sur la croix est l’événement salvifique déterminant. L’apôtre Paul résume cette idée en une phrase : « Car toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne. » (I Corinthiens 11 : 26). Des paroles que l’on entend encore aujourd’hui lors de la consécration de la sainte cène. La sainte cène allie donc souvenir et attente. Elle renvoie à la fois au sacrifice de Christ et à son retour (CÉNA 8.2.5 ; 8.2.6). 

Le sacrement institué par Christ 

La sainte cène occupe une place unique dans l’Église. C’est le sacrement que Jésus-Christ lui-même a institué et dont il a expressément chargé ses disciples de la célébrer. Lorsque la communauté célèbre la sainte cène, elle ne reçoit pas seulement le pain et le vin comme signes extérieurs. Selon le témoignage des Écritures, Christ lui-même est présent. Paul parle de la « communion au corps de Christ » et de la « communion au sang de Christ » (I Corinthiens 10 : 16). 

Dans la sainte cène, le corps et le sang de Christ sont réellement présents (CÉNA 8.2.12). Parallèlement, le CÉNA explique la signification de la sainte cène en quatre dimensions : c’est un repas de commémoration, un repas de profession de foi, un repas de la communion et un repas eschatologique (CÉNA 8.2.8–8.2.11). 

Ce sacrement est étroitement lié au sacrifice unique de Jésus-Christ. Sa mort sur la croix s’est produite « une fois pour toutes » (Hébreux 9 : 26 ; 10 : 10). Lors de la sainte cène, ce sacrifice unique n’est pas répété, mais rendu tangible de manière sacramentelle : nous rencontrons Christ à travers le pain et le vin (CÉNA 8.2.13). Il existe également un lien entre le pardon des péchés et la célébration de la sainte cène. Jésus lui-même parle du « sang de l’alliance, répandu pour le pardon des péchés » (Matthieu 26 : 28 ; Éphésiens 1 : 7 ; CÉNA 8.2.14). Le pardon des péchés proclamé au cours du service divin permet la digne réception de la sainte cène. 

Célébrer le sacrement en pleine conscience aujourd’hui 

Étant donné que la sainte cène revêt une telle importance, l’Église invite les fidèles à recevoir ce sacrement en pleine conscience. L’apôtre Paul exhortait déjà les croyants à l’époque : « Que chacun donc s’éprouve soi-même » (I Corinthiens 11 : 28). Avant la célébration de la sainte cène, un moment est réservé au recueillement, à la gratitude et à la préparation intérieure. Le croyant peut alors rencontrer Christ et être assuré : « Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang demeure en moi, et je demeure en lui » (Jean 6 : 56).  

Tous reçoivent le même corps de Christ. C’est pourquoi ce sacrement unit la communauté : « Puisqu’il y a un seul pain, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps » (I Corinthiens 10 : 17). Les premiers chrétiens persévéraient « dans la communion fraternelle et dans la fraction du pain » (Actes 2 : 42). La sainte cène n’est donc pas seulement une expérience de foi personnelle, mais un événement que toute la communauté célèbre. Quiconque se rassemble avec d’autres croyants, à chaque fois que cela est possible, autour de la table du Seigneur montre ainsi que la mission de Jésus lui tient à cœur. Une condition préalable à la réception de la sainte cène est le saint baptême ; par hospitalité, les chrétiens baptisés en bonne et due forme sont autorisés à participer à la sainte cène. 

Pour certains chrétiens, les retransmissions ou les services divins vidéo constituent le seul moyen de participer à la vie liturgique. Cela leur permet de rester spirituellement liés à la communauté. La célébration de la sainte cène est toutefois liée à l’assemblée réunie, au sein de laquelle les fidèles s’approchent de la table du Seigneur. C’est précisément cette assemblée qui montre que la foi se vit toujours aussi en communauté (Hébreux 10 : 25 ; CÉNA 2.4.7 ; 8.2.10). 

Un avant-goût du repas à venir 

À la fin de la formule d’institution, Jésus prononce une phrase remarquable : « je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu’au jour où j’en boirai du nouveau avec vous dans le royaume de mon Père. » (Matthieu 26 : 29). Ces mots ouvrent une perspective qui va au-delà du présent. Chaque célébration de la sainte cène ne se contente pas de rappeler la croix et de renforcer la communion entre les croyants. Elle annonce en même temps une réalité future. 

La Bible décrit cet avenir comme un grand festin de Dieu avec son peuple. Le prophète Esaïe évoque un festin que Dieu prépare pour tous les peuples (Esaïe 25 : 6-8). L’Apocalypse le désigne par le « festin des noces de l’Agneau » et déclare bienheureux ceux qui sont appelés à ce festin (Apocalypse 19 : 9). Ainsi, chaque célébration de la sainte cène porte aussi en elle une profonde nostalgie. Elle oriente le regard des fidèles vers le jour où Christ reviendra et où la communion avec lui sera accomplie (CÉNA 8.2.11). D’ici là, ce repas reste un signe d’espérance, un avant-goût de la fête dans le royaume de Dieu, où Christ lui-même sera de nouveau assis à la table avec les siens. 

Photo: Olga Ко – stock.adobe.com

mars 18, 2026

Auteur: Oliver Rütten

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